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#7. Écrire sans inspiration.

Temps de lecture estimé : 7 min.

La plus grande bêtise de l’écrivain, c’est de croire à l’inspiration. 

Elle est une sorte divinité capricieuse qui tire les rois comme elle tire les bouffons. Alors, toi, pauvre écrivain, à chaque fois que se présente une feuille blanche, tu lui présentons ta poitrine avec un voeu agrafé au coeur :

Fais-moi roi !

Je t’arrête tout de suite. L’écriture est agnostique. Elle est foncièrement inscrite dans la matière. La matière des mots.

Il n’y a pas de magie, de subterfuge ou encore de raccourci. Je te l’écris avec autant de sérénité que moi-même, je suis tombé dans le piège. Comme toi, j’ai cru au pouvoir de l’inspiration. Ainsi, posé sur ma chaise, elle viendrait à moi, divine, comme un élan soudain pour épuiser ma plume. 

Pauvre croyance.

#1. Écrire, c’est transformer la dactylographie en écriture.

Il semble n’avoir rien pour te détourner de cette idée de muse. Combien de poètes sont à parler de la leur ? J’avais fini par croire à l’existence de la mienne.

Foutus poètes.

Donc, je la maudissais donc et parfois, je l’applaudissais. Et puis, un jour, j’ai cessé. J’ai cessé de l’attendre. Je me suis mis à écrire.

Toujours écrire. Encore écrire. Écrire d’un trait. Sans m’arrêter. Mot après mot. J’avais seulement une idée. Que dis-je ? Un embryon d’idée et puis, j’avançais coûte que coûte. Qu’importe si cela finissait par être décousu. Je m’en foutais. J’avance. J’avance. J’avance. J’écris. J’écris. J’écris. 

Je reviendrais plus tard donner du sens.

Non.

Il faut que je continue.

Les mots que je pose là, trouveront sens plus tard.

Les fautes d’orthographes ?

Tant pis, je les corrigerai à la ré-écriture. 

Là, j’écris. J’écris. J’écris. 

Et puis, bien sûr, viendront des idées plus difficile à accoucher que d’autres. Toutes les idées n’ont pas la même pesée.

Là, je deviens un cambrioleur minutieux. Je vais devoir trouver les bons mots pour crocheter avec élégance. Chaque idée est un verrou qui, avec les bons mots, se crochètent.

Maintenant, tu sais. Il faut écrire pour être inspiré et non, l’inverse.

#2. Tu n’écris pas parce que tu es inspiré, c’est parce que tu écris que tu es inspiré.

Sinon, c’est comme attendre la chance.

Personne ne devient écrivain par chance.

Contrairement à la pensée populaire, les mots précèdent l’inspiration. Si nous n’avons aucune idée de ce que nous voulons raconter, écrire suffit largement à dénouer le noeud.

Il faut donc écrire. Seulement écrire. 

Alors, oui ! Au début, cela sera dur. Le processus de création est ainsi. Ensuite, ce sera un brouillon pour enfin devenir évident. Il n’y a aucun raccourci. 

Dur > Brouillon > Évident

Commence juste à écrire. Peu importe d’ailleurs le sujet. L’eau ne coule pas tant que le robinet n’est pas ouvert.

Bien sûr, il est agréable d’être frappé d’un coup d’inspiration et de savoir exactement ce que vous voulez écrire et comment vous voulez l’écrire, mais c’est aussi extrêmement rare.

Personnellement, je trouve que le moment où l’inspiration me frappe le plus, c’est quand j’écris déjà. Tu écris davantage par intention que par inspiration.

Et puis, si tu attends l’inspiration, tu n’es pas un écrivain. Tu es un attentiste.

#3. Les meilleures histoires arrivent à ceux qui savent les raconter.

Si tu crois que les meilleures histoires arrivent seulement aux autres. C’est faux. Les autres les racontent juste mieux que toi.

Désolé de te balancer ça aussi brutalement mais toutes tes histoires sont bonnes. Il faut surtout trouver comment les rendre drôles, excitantes, captivantes …

Elles ne le sont pas par nature. Elles le deviennent.

Du coup, il n’y a pas de mauvaises ou de bonnes histoires. Il y a seulement de bons et des mauvais conteurs.

Tu en doutes ? Voici une preuve.

Prends un cours d’anglais. Un cours bien chiant de 6ième. Le genre à fondre d’ennui.

Tu l’as ? Vas-y, raconte-moi une bonne histoire avec.

Tu galères un peu ?

Normal.

Maintenant, si je te dis « Where is Bryan ? »

Tu vois, d’un événement a priori sans intérêt, Gad Elmaleh en a fait un sketch anthologique.

De la même manière, prends les joueurs de poker. 

Pourquoi ce sont toujours les mêmes joueurs qui finissent aux meilleures places ?

Pourtant, avec le hasard des cartes, la compétition devrait être hasardeuse, non ?

C’est le génie des joueurs de pokers. Même avec une mauvaise main (de mauvaises cartes dans la langue des gens normaux), il arrive à gagner.

Pourquoi ?

Parce qu’il a appris aussi bien à jouer avec de bonnes que de mauvaises cartes. Il ne fantasme sur les cartes qu’il n’a pas. Il joue avec celles qu’il a.

Pareil avec un écrivain.

Même avec une histoire de merde, il peut en faire une histoire magnifique. C’est le défi lancé à son intelligence. Il ne jalouse pas l’inspiration des autres. Il fabrique la sienne.

Cela devient presque de l’alchimie : le gars, avec du plomb, il en a fait de l’or

Après, c’est du boulot d’obtenir un tel résultat. Faire croire aux gens l’incroyable n’est pas une ruse, c’est du travail.

Un travail dont la matière première sont les mots.

#4. N’importe quoi raconté avec les bons mots devient une bonne histoire.

Je répète, ce n’est pas une question d’inspiration mais de mots. Bernard Werber a écrit un livre sur les fourmis avec une intention simple :

« J’ai pris un sujet chiant : les fourmis. Si j’arrive à les rendre captivante, alors je devenais un écrivain »

Ce n’est pas le sujet qui est original mais le traitement que tu en fais.

N’importe quoi raconté avec les bons mots devient une bonne histoire.

Y a une bonne nouvelle à cela.

Tu disposes des mêmes mots que tout le monde. Il n’y a aucun droits d’auteur sur les mots. Par contre, il y en a sur la combinaison de ceux-ci. Autrement dit :

Utilise les mots de tout le monde mais écris comme personne.

#5. Si je te tends un stylo, tu trouveras à écrire.

Si je te tends un micro, tu trouveras à dire. Si je te tends un stylo, tu trouveras à écrire.

C’est la mécanique du stylo.

Tu en as la manifestation dans les micro-trottoirs réalisés par des journalistes ou des vidéastes.

Tu tends un micro aux gens et ils se mettent à parler tout seul. Même pour dire n’importe quoi.

L’écriture, c’est pareil.

Tu vas commencer à écrire. Tu t’interrogeras sur les meilleures et les pires moments de ta vie. Puis, le stylo va commencer à te les chuchoter voire à te les crier. Les mots voyageront alors plus vite que ton stylo. Donc, parfois tu écriras n’importe quoi.

Là, je te rassure.

Le premier jet de toute chose est de la merde. Toutefois, si tu ne peux pas éditer la parole, tu pourras toujours éditer ton écriture.

Car en réalité, tu as beaucoup de choses à dire, à raconter ou à partager. Tu as tout à portée de stylo. C’est sa mécanique. Prends un stylo et tu trouveras quoi écrire.

Quand tu te donnes le pouvoir, tu l’utilises.

Tu ne manques pas d’inspiration. Tu ne manques pas de pouvoir. Tu manques de vouloir.

J’y reviendrai.

Mais si tu te plains de manquer d’inspiration ou, tu en entends un-e autre le faire, fais ceci :

Donne-toi ou donne-lui un stylo.

C’est la mécanique du stylo :

Quand tu donnes du pouvoir aux gens, ils l’utilisent.

#6. Il n’y a pas d’originalité. Seulement de l’authenticité.

Quand tu dis manquer d’inspiration, en vrai, tu veux dire :

« Je ne sais quoi écrire d’original. »

Qui a bien pu te demander ça ? D’avoir de l’originalité ? Sérieusement ?

Non, ce qu’on te demande ou du moins, ce que tu peux exiger de toi-même, c’est de l’authenticité.

Tu peux copier n’importe qui. Si cela te rend authentique à tes yeux. 

D’ailleurs, tu es un très mauvais copieur.

Tu es incapable de copier sans mettre ta propre singularité dans ce tu racontes.

En effet, là, si je te demande de me raconter, avec tes mots, Harry Potter. Il y a de grandes chances que ton récit diffère du mien mais aussi, du récit original. Tu vas appuyer sur les évènements qui t’ont marqué et surtout, tu vas le faire avec tes mots. Tes mots seuls.

Ce serait une coïncidence immense si les mots de J.K Rowling se retrouve à l’identique dans les tiens.

Le meilleur dans la copie est, quoiqu’il arrive, tu préfèreras ta version à l’original. En effet, pour toi, ce serait forcément une version améliorée.

Par exemple.

Y a encore quelques paragraphes, je te balançais fier cette punchline :

Utilise les mots de tout le monde mais écris comme personne.

Or, elle n’est en rien originale.

Je l’ai piquée au rappeur Youssoupha. Enfin, quand je dis « piquée », j’entends l’esprit de sa punchline. En réalité, sa citation stricte serait  :

J’utilise les mots de tout le monde mais moi j’écris comme personne.

La mienne, sans être originale, m’est authentique. C’est pareil pour Youssoupha qui a « piqué » cette punchline à Colette, Prix Nobel de Littérature 1948 :

« Il faut avec les mots de tout le monde, écrire comme personne » 

par Colette.

Chacun, je suis persuadé, préfère sa version à celle des autres. Pourtant, si elles ont le même esprit, elles n’ont pas la combinaison de mots. Elle reste propre à chacun.

Alors, juste écris ton authenticité.


Voilà, c’est terminé !
J’espère que cette série d’articles a absout tes résistances à l’écriture. C’était le but. En tout cas, si maintenant tu t’es mis-e à écrire que tu veux bien écrire et mieux écrire, une formation ça te te dit ? 🙂

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