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#4. Écrire sans français.

Temps de lecture estimé : 6 min.

Être bon en français, ne fait pas de toi un bon écrivain. À la rigueur, cela fait de toi un bon prof de français mais pas forcément un bon écrivain.

Oui, je commence direct par une punchline.

Pas le choix car c’est, je pense, le complexe le plus enraciné dans nos têtes. Nous n’osons pas écrire par peur d’écrire mal le français.

Il faut donc définitivement se guérir de ce complexe.

Et, c’est une ancienne victime qui t’en parle.

Parfois, mes copies de français étaient tellement rouges de correction qu’on aurait dit qu’elles étaient en sang.

Je me souviens encore de ma prof de français, lors d’un bac blanc, m’annoncer que ma copie aurait sa place parmi les sketchs de Muriel Robin mais pas en littérature. 

J’avais pris 5.

Alors, forcément, quand tu as 5 de moyenne, tu te dis : écrire n’est définitivement pas pour moi. Surtout que le sujet d’invention traîné une mauvaise réputation. 

Prendre la dissertation et le commentaire de texte ça faisait beaucoup plus sérieux sur les pupitres. Du moins, à mon époque, celle du Skyblog 😛

En tout cas, l’amalgame, je suis nul en français alors, je dois être nul à écrire était là.

MAIS… il est faux.

L’école n’est pas exempte de tout reproche.

#1. Il n’y a pas de GRANDE littérature.

Il y a la même différence entre apprendre l’écriture et le plaisir d’écrire qu’entre un arbitre et un joueur. Autrement dit, entre quelqu’un qui applique et fait appliquer les règles et celui, qui en joue.

Cela doit-il être le rôle de l’école de transmettre la littérature avec le plaisir de la littérature ? C’est à discuter.

En attendant, l’école te forme davantage à devenir un professeur de français qu’à être écrivain. En définitive, à connaître et appliquer les règles plutôt qu’à en jouer.

Et puis, tu considères comme mesure universelle du monde ce que tu as appris l’école. Dès lors, tu compares la grande littérature à tes propres écrits.

Bien sûr, tu ne fais pas le poids.

Finalement, quand tu te compares à des auteurs illustres, tu réalises un calcul mental :

« Mes mots sont-ils dignes d’être publiés ou pas ? »

Si ta référence, c’est Victor Hugo, pas certain que tu sautes l’obstacle. 

Tu découvres donc l’écriture une fois débarrassé de ces figures tutélaires. 

En effet, la comparaison opérée est faite de manière subjective et non, objective. C’est à dire qu’avant qu’on te montre ce qu’est de la grande littérature, tu aurais été incapable de la désigner comme telle. Si on t’avait enseigné, à la place, les modes d’emploi des téléviseurs Toshiba comme le summum de l’écriture, c’est eux qui seraient devenus ton référentiel de littérature.

En somme, il n’y a pas de grande littérature sinon celle que l’on te désigne comme telle. Ton écriture n’a pas besoin de porter en permanence une cravate et des chaussures à lacets.

Donc, écrire comme Proust n’est pas le summum de l’écriture. D’ailleurs, ce dernier faisait des phrases de 935 mots. 

Pourquoi diable devrais-tu l’imiter ? Pour lui plaire ? 

#2. N’essaie pas de plaire à des morts.

Maintenant, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas les prendre pour modèle. Bien au contraire. Moi-même, j’avais pris Victor Hugo pour modèle. 

Il a nourri mes mots plus que quiconque. Puis, un jour, on m’a rappelé une chose : 

Je n’écris pas pour devenir Victor Hugo.
J’écris pour devenir moi-même.

En clair, si je devais, un jour, atteindre le niveau de Victor Hugo, les gens ne liraient plus du Mohamed. Or, la magie de la littérature, ou devrais-je dire sa subjectivité, fait que certaines personnes adoreront ton écriture bien mieux que certains illustres. Une amie me l’a très bien fait comprendre.

ELLE : Tu écris trop bien. Tu écris même mieux que Victor Hugo.
MOI : Arrête tes conneries ! C’est flatteur mais, c’est faux.
ELLE : Rien à foutre de ce que tu penses. JE pense que tu écris mieux que lui.

À ce moment précis, elle m’avait fait franchir une étape extrêmement importante dans mon écriture : 

« J’avais cessé d’essayer de plaire à un mort. »

C’est libérateur. 

C’est d’autant plus libérateur quand tu trouves mauvais en français. Tu ne cherches plus à te faire aimer par des idoles mortes ou des semblables vivants.

#3. L’écriture n’a rien à voir avec l’orthographe.

En soi, le manque de vocabulaire, les fautes d’orthographe …ne devraient jamais te constituer une barrière ou une excuse pour éviter de t’exprimer et ce, quel qu’en soit le moyen.

Je n’ignore pas « les ayatollahs de l’orthographe »

Depuis le début, je te parle du français dans sa globalité comme point de blocage pour écrire.

En vrai, y a de grandes chances que tu complexes sur ton orthographe.

L’orthographe n’est en rien dans le succès d’un écrivain.

Être bon en orthographe, ne fait pas de toi un bon écrivain. À la rigueur, cela fait de toi quelqu’un de bon en dictée, mais pas forcément un bon écrivain.

L’orthographe n’y est pour rien.

Bien sûr, c’est une condition nécessaire MAIS, elle n’est pas suffisante.

Par exemple, l’air est une condition nécessaire à la vie humaine MAIS, elle n’est pas suffisante.

Pareil pour l’orthographe.

#4. Être bon en français et bon écrivain sont deux compétences différentes.

D’ailleurs, l’écriture n’a rien à voir avec l’orthographe. Écrire, ce n’est pas corriger des fautes. Ce sont, là, deux compétences extrêmement différentes.

Ce n’est donc pas un hasard si les maisons d’édition mettent à disposition de leurs écrivains, des relecteurs et des correcteurs.

Ils viennent à donner avec l’orthographe un indice de dignité à ce qui mériterait d’être lu ou pas.

Ainsi, pour eux, un analphabète est forcément dépourvu d’intelligence. Je le dis clairement ici, l’orthographe est davantage un marqueur social qu’un marqueur d’intelligence.

As-tu déjà un vu des tests orthographiques pour évaluer un QI ?

Bien sûr que non.

L’orthographe ne détermine pas ce qui est digne d’être écrit de ce qui ne l’est pas.

Il détermine ce qui est écrit selon les règles de la langue de ce qui ne l’est pas.

Cela est libérateur car finalement, il permet de faire intervenir une autre personne pour la correction quand tu es concentré sur l’écriture. Autrement dit, fais-toi relire les fautes.

Les maisons d’édition mettent à disposition de leurs écrivains, des relecteurs et des correcteurs.

Être bon en orthographe ne fait donc pas de toi un bon écrivain. À la rigueur, cela fait de toi quelqu’un de bon en dictée, mais pas forcément un bon écrivain.

Pour l’anecdote, le français a été construit avec une orthographe non-phonétique pour différencier l’aristocratie, sachant écrire, du peuple.

Le mot « oiseaux » l’illustre bien. Aucune de ses 7 lettres ne se prononce normalement.

#5. L’état qui précède l’écriture, c’est ne pas écrire.

Le dénominateur commun de la plupart des gens qui hésitent à se lancer. Le manque de confiance en eux et, plus particulièrement en leur orthographe ou en leur vocabulaire.

Du coup, l’absence de vocabulaire est-elle une raison pour se taire ?

C’est un « non » catégorique également.

Autrement dit, si tu manques de vocabulaire, exprime-toi avec les mots à ta disposition. Tu imagines si nul ne s’exprimait faute de vocabulaire ? Y aurait jamais eu de communication vu qu’aucun enfant ne prendrait la parole.

Le vocabulaire, le style, ton identité littéraire …tout viendra après. Ton écriture n’a pas besoin de porter en permanence une cravate et des chaussures à lacets.

Ainsi dit, être nul en français, ne fait pas de toi quelqu’un indigne d’écrire. Plus largement, être nul quand on débute dans l’écriture, c’est normal. L’état qui précède l’écriture, c’est ne pas écrire. 

Chaque mot que tu écriras, par contre, te rapprochera de l’écriture. Il suffit juste de les écrire. L’un après l’autre.


Voilà, on vient de se débarrasser de l’excuse « MAIS je suis nul-le en français ». Je te donne rendez-vous pour la prochaine excuse : Mais je suis nul-le tout court.

Tu veux devenir sérieux avec l’écriture ? Jette un oeil ICI, ça pourrait te plaire.

En attendant, garde la pêche 🙂

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