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Machine à Apprendre | Tricher #7 – Désapprends.

Les analphabètes du XXIè siècle ne sont plus ceux qui ne savent ni lire ni écrire. Ce seront ceux qui ne savent pas apprendre, désapprendre et réapprendre.

Alvin Toffler te balance ça à l’aise, entre deux demi-pêches, dans son bouquin Le Choc du Futur. D’ailleurs, si tu ne l’as jamais lu, tu peux. C’est de la bonne.

Mais ici, je vais garder le truc le plus dur : désapprendre.

Désapprendre, c’est chaud patate. Le pire dans tout ça ? Personne ne t’a jamais prévenu qu’il te faudra désapprendre parfois. Apprendre, ça va, y a du monde : tes parents, l’école …voire toi-même.

Désapprendre ? Y a personne pour te dire de le faire.

Normal, je pense que personne ne sait comment s’y prendre. Moi-même là, je ne suis pas certain de la méthode mais, je vais essayer.

Je vais essayer de te donner deux techniques pour y parvenir.

Avant, il faut que je t’explique pourquoi c’est important d’apprendre à désapprendre.

Prêt.e ?

Alors, go.

#1. L’état préalable au SAVOIR est NE PAS SAVOIR

Bête à dire n’est ce pas ?

Pourtant, tout ce qui précède le savoir, c’est que tu ne sais pas. C’est l’état normal. Cependant, on sous-estime le fait de le reconnaître.

La raison ?

Tu ignores ce que tu ignores.

Normal, après tout.

« Un homme dont la stupidité n’aurait nul égal aurait-il suffisamment de connaissance pour se rendre compte de sa stupidité ? »

J’en doute.

S’il est absolument bon à rien, alors il est impossible qu’il le sache justement car, il est bon à rien. Voilà une observation comme j’en raffole : elle te fait des noeuds au cerveau 😀

Ceci dit, cela explique pourquoi la majeure partie des gens se plaignent de manquer d’argent, de temps, de beauté … mais jamais, tu ne les trouveras se plaindre de manquer de connaissances.

Comment le pourrait-ils ? Ils pensent en avoir suffisamment vu que c’est avec celles-ci qu’ils formulent leur jugement. Le remède serait simple : admettre son ignorance.

Mais comment ? Ils ignorent ce qu’ils ignorent et pire, ils en viennent souvent à combler leur manque de connaissance par des opinions ou des croyances.

Le pire étant donc plutôt, de dire « Je ne sais pas », ils préfèrent bricoler une explication maison.

Pourquoi ? Je ne sais pas.

Or, le « Je ne sais pas » est puissant, il donne l’élan nécessaire pour apprendre. On parle alors d’humilité intellectuelle. Une expérience l’a montré, l’humilité intellectuelle te permet deux choses :

  • D’abord, elle prépare ton cerveau à accueillir une nouvelle connaissance. Donc, il n’est pas sur la défensive.
  • Puis, tu interroges beaucoup mieux ta propre compréhension et raisonnement. Ainsi, le savoir se cimente mieux.

Oui, le « Je ne sais pas » est même plus puissant que le « Je sais » quand il s’agit d’apprendre. En effet, pourquoi apprendre quand t’as l’illusion de savoir.

Or, l’illusion de savoir n’est pas savoir. Croire savoir n’est pas savoir, c’est de la croyance.

#2. Désapprends des croyances. Pas des savoirs.

Désapprendre des savoirs c’est simple. C’est surtout désapprendre des croyances qui est difficile.

Voilà, c’est dit !

Lâcher de micro, je retourne sur mon canapé mater Netflix.

En effet, la nature des savoirs c’est qu’ils peuvent être réfutés. C’est d’ailleurs la définition de la science. On parle alors du critère de Popper :

Une théorie est scientifique si elle comporte au moins une proposition réfutable.

Du coup, tu vois arriver le danger ici : prendre des croyances pour des savoirs. Voilà le pire évènement de l’apprentissage.

Si tu confonds ce que tu crois avec ce que tu sais, tu confonds ce que tu éprouves avec ce que tu prouves. Or, si tu ne sais pas le prouver, le démontrer, l’expliquer …tu ne sais pas. Tu le crois.

Et, une croyance c’est galère à désincruster.

Tu sais, tu débusques ces moments de croyance quand tu poses la question : « Pourquoi ? » et on te répond derrière « Parce que c’est comme ça ». Comme si cette réponse se suffisait à elle-même.

Dès lors, considérer comme vérité ou vraie une thèse ou hypothèse en étant hermétique aux faits ou à l’absence de faits, les confirmant ou infirmant, voilà la définition d’un croyant.

Tout l’inverse d’un savant.

Ce dernier exerce en permanence son esprit critique. Il remet en question tous les savoirs, quelqu’ils soient. C’est d’ailleurs comme ça qu’il les apprend.

Malheureusement, dans cette histoire, de la croyance, t’en as davantage que des savoirs.

Tu veux un exemple ?

Surtout, saurais-tu l’expliquer simplement, sans bugger voire bafouer ? Non ? Attends, j’ai un autre exemple :

Peux-tu me démontrer, là dans l’instant, que la Terre n’est pas plate ?

Non ? C’est normal.

On te l’a enseigné comme une croyance et non, comme un savoir. Tu connais l’histoire de la démonstration avec Galilée et j’en passe, mais il est rare que tu connaisses la démonstration en elle-même.

Au final, ce que tu vas chercher à désapprendre, ce ne sont pas des savoirs mais, des croyances. Voilà tout l’intérêt de les distinguer.

En effet, tu peux apprendre des croyances comme des savoirs. Ce procédé est notamment utilisé en politique pour déguiser une opinion, on est dans le même registre que la croyance, en savoir.

Or, les savoirs sont réfutables, temporaires, incomplets et certainement pas absolus. Il faut les prendre et les transmettre comme tels. Ils représentent ce que l’on sait. Les croyances, elles, représentent ce que à quoi tu crois. Autrement dit, la foi.

Après, c’est normal d’avoir des croyances. T’as horreur de l’incertitude. Ton cerveau en a horreur plutôt. Il veut du solide.

Pourquoi ?

Il ne sait pas traiter l’ambiguïté.

Pourquoi apprendre quelque chose dont tu ne peux pas être certain sinon ?

Seulement, comme je te l’ai dit plus haut, t’as besoin de ne pas pas savoir pour savoir. Alors, dans ce qui suit, je vais te montrer comment interroger tes savoirs.

#3. Désapprends en deux temps : le sens et la relativité.

Désapprendre une croyance peut prendre du temps. Cependant, j’ai deux manières simples mais pas forcément faciles pour désapprendre plus rapidement. La première consiste à introduire du sens et la seconde, de la relativité.

Le sens.

La meilleure manière d’introduire du sens dans ce que l’on fait ou ce qu’on dit, c’est certainement de se poser la question :

Pourquoi ?

Pourquoi je fais ça ?
Pourquoi je pense ça ?

Cela permet de revenir aux sources de notre apprentissage et découvrir s’il est biaisé. En effet, expliciter, avec ces propres mots, ce qui fonde nos évidences est la meilleure manière de savoir si l’on est sous l’emprise de l’effet Dunning-Kruger.

L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif selon lequel moins tu en sais sur un sujet, plus tu surestimes ta connaissance de ce sujet. En poursuivant le raisonnement, ce que tu sais au final tient plus des croyances que des savoirs.

Ce biais est également appelé biais de surconfiance. Charles Darwin fut le premier a en avoir l’intuition. Selon lui, l’ignorance engendrait plus fréquemment la confiance en soi que ne le ferait la connaissance.

Il y a des effets subsidiaires à ce biais :

  • La personne ignorante tend à surestimer ce qu’elle sait ;
  • La personne ignorante ne parvient pas à reconnaître ceux qui savent véritablement ;
  • La personne ignorante ne parvient pas à évaluer son niveau d’ignorance ;
  • Si la personne est amenée à améliorer, de manière significative, ses connaissances, elle pourra alors reconnaître et accepter ses lacunes antérieures.

Le résultat est contre-intuitif : les gens plein de doutes sont ceux qui savent. À l’inverse, ceux plein de confiance sont plein de croyances comme semble l’indiquer le graphique ci-dessous :

Introduire du sens avec le «Pourquoi ?» est, selon moi, un exercice habile pour faire progresser ses connaissances et réduire ses croyances.

Faisons un test simple :

Pourquoi la Terre tourne t-elle autour du soleil ?

Si tu es en mesure de bien l’expliquer, sans recourir à internet tout de suite, bien sûr, alors tu sais. Sinon, c’est une croyance. Par contre, te renseigner à ce sujet et le retransmettre le rendra à nouveau savoir.

En définitive, donner du sens permet de se réattribuer le savoir.

La relativité.

Dans le dictionnaire de la langue philosophique, Paul Foulquié et Raymond Saint-Jean, décrivent la relativité, entre autre, comme :

Le caractère attribué à la connaissance humaine parce qu’elle est imparfaite, limitée.

Comme je l’énonçais précédemment tes savoirs sont tous réfutables. Il suffit de te montrer une banane rouge pour que tu arrêtes de croire/que toutes les bananes sont jaunes (Histoire vraie).

J’ai trouvé une manière pour mettre de la relativité dans nos savoirs. Elle consiste à terminer toutes assomptions par l’adverbe de temps « … pour l’instant. »

Faire systématiquement cet exercice, c’est le meilleur moyen de se préparer à désapprendre n’importe quel savoir. Tu l’ancres dans un présent afin d’éviter de l’ancrer dans tes croyances. S’il est vrai aujourd’hui, il peut ne plus l’être demain.

Par ailleurs, je trouve que cela te projette dans des hypothèses alternatives, créatives et originales. Pour reprendre l’exemple précédent :

La Terre tourne autour du soleil… pour l’instant.

Le « pour l’instant » nous invite à imaginer d’autres systèmes ou de nouvelles façons de les concevoir. Bien sûr, il ne s’agit pas de s’affranchir de tous ce que tu sais non plus sinon, c’est de la science-fiction.

Non.

Il faut garder des fondamentaux au préalable. Ils sont essentiels à l’imagination pour engendrer potentiellement de nouveaux savoirs. Prends par exemple, les lois de la gravitation.

Pour sa théorie de la relativité restreinte, Albert Einstein est sorti de l’Ether. Cette théorie considéré comme élémentaire par les scientifiques de l’époque.

Alors que la gravité de Newton était basée sur un temps absolu, Einstein va s’en affranchir. Pour ça, il va quitter la théorie de l’Ether pour imaginer sa propre théorie de l’espace-temps dans laquelle sa théorie se vérifie.

En cela, pas étonnant qu’Einstein nous rappelle l’importance de l’imagination. Elle est pour lui davantage importante que la connaissance. Imaginer, c’est aussi créer du savoir.

C O N C L U S I O N

En vrai, ce n’est pas des choses qu’on ne sait pas dont on devrait se méfier. Mais, des choses qu’on sait comme certaines mais qui ne le sont pas.

Pourquoi ?

Elles sont un poison pour apprendre.

En effet, pour devenir une « Machine à Apprendre » t’as besoin de NE PAS SAVOIR. Mieux, t’as besoin de l’admettre.

Je sais que je ne sais pas.

Je m’étais promis de ne pas la sortir celle-la. Trop tard ! L’état NE PAS SAVOIR devrait être permanent pour te mettre dans un état d’apprentissage permanent.

Maintenant, t’as besoin de ne pas te laisser berner sur tes croyances. Pour les distinguer des savoirs, il devient simple d’en minimiser l’impact par le sens et la relativité.

Alors, tu retrouveras à nouveau cet état NE PAS SAVOIR nécessaire pour te transformer en « Machine à Apprendre ».


D E V O I R S

Voici tes derniers DEVOIRS de la semaine pour te transformer en « Machine à Apprendre »

  1. Prendre dans ce que tu sais d’important dans tes activités et questionner leur sens et leur relativité.
  2. Apprends quelque chose en une semaine dont tu ne sais rien du tout comme par exemple : parler en public, écrire un article …

Ça en une semaine 🙂

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