Pourquoi nous ne savons pas penser l’échec ?

En vrai, le titre aurait dû être « Pourquoi nous ne savons pas penser la défaite ? »

Je partage le point de vue de Nicolas Galita quand il nous dit que la notion d’échec donne un sentiment de définitif. Or, s’il y a bien une chose dont je suis conscient, c’est le jeu que nous jouons n’admet rien de définitif en termes d’échec.

En effet, nous ne sommes pas dans un championnat où il faut accumuler les victoires et éviter les défaites. Nous jouons un jeu où une seule victoire suffit pour qu’elle soit à vie. Les défaites sont la norme à un jeu dont les victoires sont les exceptions.

Maintenant, si j’ai changé le titre, c’est que je craignais une chose : que tu penses que je te parle que de foot.

Notamment avec la défaite récente face à Manchester United du PSG ou plutôt du Paris Saint-Germain. Oui, car certains ignorent ce genre de détail et ils ont bien raison.

Personnellement, le foot, je m’en tartine les fesses.

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Je déteste échouer. Je déteste la défaite.

Après, je ne connais personne qui adore ça. Personne ne se lève un matin avec la ferme intention d’échouer.

Tu imagines ?

Un mec chauve se lève de bon pied. Il fait sa « morning routine » avec du jogging, une douche froide et des tartines sans gluten. Il mate BFM Business et quand il éteint, il a subitement une illumination :

« Tiens ! Et si j’échouais aujourd’hui ! »

Bon, il est chauve. Ne me demande pas pourquoi. J’ai laissé aller mon imagination. Il se trouve que pour elle, quelqu’un capable de dire une telle ânerie est chauve. Je n’ai rien contre les chauves. Moi-même je vais le devenir. Alors, du calme. Ne soyons pas chauvin du crâne.

Je mets un chauve connu.

Personne ne s’imagine échouer donc. Cela en est à un point où ça devient caricatural.

Souviens-toi de l’exercice donné par François Hollande, alors Président, à ses ministres à l’été 2013 : imaginer la France en 2025.

Sans exception, ils avaient tous imaginé une France radieuse, débarrassée des problèmes de chômage, d’inégalité sociale …Tout ça, grâce à leurs réformes. Forcément.

On n’est pas en 2025 mais, en 2019, ce n’est pas encore ça.


Pourquoi donc un tel échec à penser l’échec ?

Pour deux raisons : l’une logique et l’autre, psychologique.

La raison logique

Personne n’échoue par volonté, c’est logique. C’est toujours un accident. L’échec est un accident. Un imprévu au plan.

Ce qui suppose un plan.

Or, personne ne panique quand il y a un plan. Un business plan ou un plan d’actions. Appelle cela comme tu veux. Il suffit de suivre le plan.

Et puis, quand le plan ne fonctionne pas, ce n’est pas la faute du plan. Bien sûr. C’est la faute à la réalité.

Alors, pourquoi le plan n’a-t-il pas tenu compte de la réalité en ce cas ?

Pour une raison simple : un plan n’est pas fait pour tenir compte de la réalité. Il parle d’un monde où la réalité en est absente.

Paradoxal, n’est-il pas ?

En effet, un plan va prendre pour données, seulement les données stables. Or, la réalité, elle, elle est par nature imprévisible. Du coup, elle s’évapore au contact du plan.

Pour rappel, l’étymologie même du mot « plan » signifie plat, uni, égal. Autant dire aucune friction ni résistance.

Puis, y a comme un vision performative du plan. Autrement dit, il suffit de le dire ou de l’écrire pour l’obtenir. Ce serait génial, non ?

Enfin, nous ne savons pas projeter la réalité dans le temps. En effet, quand nous nous la projetons, nous en projetons une image alors que la réalité est un film de cinéma. Il n’y a rien d’aussi dynamique qu’un film. Du moins, un bon film. Sinon, il s’agit d’une caméra de surveillance.

Nous projetons une image alors que la réalité est un film de cinéma.

Rien de l’échec, comme du succès d’ailleurs, n’est alors prévisible.

En effet, quand les résultats dépassent les attentes, c’est également un échec. Un échec heureux, c’est vrai ! mais cela reste un échec au plan car il a été imprévu.

L’archétype étant le produit victime de son succès à un point qu’il génère de la frustration.

Après, cet un échec après lequel on peut vivre plus facilement. Je l’admets.

Dès lors, nous sommes hypocrites vis à vis du futur. Quand on parle de lui, ce n’est jamais en sa présence. On fait des plans sans lui non plus. C’est qu’il pourrait nous contredire le bougre.

Mais …la réalité, elle, même quand elle n’est pas invitée, elle vient.

Et elle, elle mange ton plan à son petit déjeuner …avec des biscottes et de la confiture aux myrtilles.

Nous échouons alors, logiquement, à penser l’échec. Nous essayons de faire rentrer la réalité dans un plan à deux dimensions. Si cela a l’avantage de la simplifier et de la rendre exploitable, ce n’est pas une garantie de succès.

En effet, si nous étions si doués avec nos plans, nous serions capables d’éviter les échecs ? Non ?

La raison psychologique

Tout le monde vit mal l’échec. Personne n’est épargné. C’est normal. C’est reptilien.

Quand on réussit ce que l’on entreprend, notre cerveau nous récompense par de la joie, du soulagement et du plaisir. Quand on échoue, il nous punit par de la frustration, de la colère voire de la honte.

C’est le système de récompense et de punition à l’oeuvre dans nos têtes.

Petite parenthèse.

Le fait d’apprendre que je sois la marionnette de mon cerveau en ce qui concerne mes émotions m’a permis de mieux me connaître. Maintenant, je prends des cafés avec lui pour savoir pourquoi il me fait faire ou ressentir certaines choses. Il est plutôt sympa même si des fois, j’ai du mal à le comprendre. Tu comprendras en lisant la suite 😉

Fin de la petite parenthèse.

Dès lors, cela explique l’aversion de beaucoup d’entre nous. Nous préférons, à mille lieues, éviter de souffrir plutôt que de tenter d’accéder à un état relativement plus joyeux.

La preuve, nos trousses à pharmacie sont plus remplies d’anti-douleurs que de vitamines.

Non ?

Maintenant, si c’est reptilien, ce n’est donc pas une histoire de culture.

Je connais le mythe américain comme quoi : l’échec, c’est cool en hoodie ! On parle bien du même pays où on colle un « L » avec les doigts sur le front pour te dire « Looser » ?

L de looser.

Aux USA, l’échec est également mal vécu. Peut être que la différence est dans l’intensité du vécu. Je n’en sais rien. Mais, il faut arrêter cette pensée magique :

Échouer, c’est cool !

Y a rien de cool à échouer. C’est faire une insulte à tous ceux qui essaient des choses. Car si ce n’est pas si grave que cela alors, tu ne tenais pas tant que ça à réussir.

Pourquoi diable l’avoir fait ?

Après, je sais que certains disent « ce n’est pas grave » surtout pour relativiser et refuser le statut de victime. L’objectif n’est pas de chercher un public à son échec, non plus. C’est compréhensible voire louable.

Pour poursuivre, le sentiment d’échec est réel bien avant d’être une réalité. Autrement dit, nous ressentons l’échec avant qu’il ne se produise. Du coup, il nous ait impossible de le penser véritablement. Ce que nous pensons, c’est une fiction de celui-ci.

Comment est-ce possible ?

Il ne faut surtout pas croire que nos émotions viennent toutes du réel. Par exemple, quand tu vas voir un film, qu’il te procure de la joie, de la tristesse, de l’empathie … c’est avec le support d’une fiction. Ce n’est pas le réel. Pourtant, tes émotions, le sont elles. Vraiment.

Nous sommes tous sujets à ces fictions.

Pareil avec l’échec. La différence étant que l’échec est joué par la fiction de la peur. Or, quand la peur met en scène, ce n’est pas pour nous faire marrer. Elle déroule des scènes qui nous sont douloureuses. En agissant ainsi, elle nous prépare aussi bien à la douleur qu’à tenter de l’éviter.

Ainsi, la peur en anticipant la douleur et en voulant nous la faire éviter, nous revient douloureuse.

Oui, je sais, c’est hyper chaud à comprendre là. En vrai, si je paraphrase un diction, la peur sait que nous prévenir vaut mieux que nous guérir.

Dès lors, avec la peur, nous sommes conçus pour éviter non seulement les expériences douloureuses, mais aussi d’éviter les penser.

En effet, Nous préférons « même pas y penser ». C’est normal car le souvenir ou la pensée même d’un évènement douloureux, n’en est pas moins neutre. La pensée d’une douleur reste toujours de la douleur.

La pensée d’une douleur reste toujours de la douleur.

Nous sommes dissuadés de penser l’échec. Le notre a priori. Par peur anticipée de la douleur. Une douleur prononcée par la peur.

Maintenant, quand un programme ne nous plait pas, nous changeons de chaîne. C’est pour cela que nous ne sommes pas tous complètement paralysés par la peur. À la fiction de la peur, faite pour ne pas penser l’échec, nous optons pour la fiction de l’enthousiasme. Beaucoup plus agréable à vivre. C’est certain, car nous fait penser le succès. Mais elle n’est pas davantage réelle pour autant.


En conclusion, quand tu demandes à une startup de faire son business plan ou un chef de département de faire ses projections, instinctivement, il ne peut penser à l’échec. De manière logique et psychologique. Généralement, ils représentent une ligne croissante mois après mois. Leur plan est fiable.

Une droite ligne vers le succès.

Après, cette ligne se cogne très vite la face contre la réalité mais ça, c’est une autre histoire.

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Je vais m’arrêter là pour cet article 🙂

Cela me fait une belle transition pour un prochain article où je vais opérer une question qui m’ait venue en écrivant celui-ci :

Pourquoi ce que j’ai dans la tête ce n’est jamais ce que j’obtiens dans la réalité ?

Il doit bien avoir une raison à ça ?

Non ?

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