Pourquoi l’écriture n’a rien à voir avec l’orthographe ?

Une légende circule depuis des siècles. Nul n’en connait l’auteur. Cependant, elle garde une trace tenace chez quiconque se met à écrire. Cette légende se résume à :

« Pour écrire, il faut être bon en français. »

Je te rassure, comme pour les licornes, cela demeure une légende.

Être bon en français, ne fait pas de toi un bon écrivain. À la rigueur, cela fait de toi un bon prof de français mais pas forcément un bon écrivain.

Par contre, je comprends pourquoi cela peut te nourrir des complexes. Moi-même, j’étais nul en français.

Je me souviens de ma note au bac blanc de français 5/20. Il n’y avait rien de glorieux. Ma professeur de l’époque avait ri de ma copie en la stigmatisant de « sketch à la Muriel Robin ». C’est bien connu, le rire est à proscrire du bac. J’en rigole aujourd’hui.

Bref.

J’aurais dû me mettre à écrire des sketchs à ce moment-là. On ne se refait pas.

Donc, j’étais nul en français. Si j’étais nul en français, je devais être forcément nul à l’écriture. Je faisais l’amalgame comme peut-être toi.

Pourquoi un tel jugement ?

L’école, mesdames et messieurs. L’école pour deux raisons.

La première est que si l’école nous transmet les règles d’écriture, elle ne nous transmet pas le plaisir de l’écriture.

C’est une grande différence.

Cela devrait-il être son rôle ? C’est à discuter. Ceci dit, il ne faut donc pas confondre ces deux situations. Il y a entre ces deux situations autant de différence qu’il y en a entre un arbitre et un joueur. Autrement dit, quelqu’un qui applique et fait appliquer les règles et celui, qui en joue.

L’autre raison est le référentiel en littérature.

En effet, nous ne pouvons pas aller au-delà de notre propre expérience.Nous sommes autistes en termes d’écriture. Nous considérons comme mesure universelle du monde ce que nous a appris de l’école. Dès lors, nous comparons la grande littérature à nos propres écrits.

Bien sûr, nous ne faisons pas le poids.

Non pas, de manière objective mais subjective. C’est à dire qu’avant qu’on te montre ce qu’est de la grande littérature, tu aurais été incapable de la désigner comme telle. Si on t’avait enseigné, à la place, les modes d’emploi des téléviseurs Toshiba comme le summum de l’écriture, c’est eux qui seraient alors devenus ton référentiel d’écriture.

Du coup, quand nous nous comparons à des auteurs illustres, nous réalisons un calcul mental :

« Mes mots sont-ils dignes d’être publiés ou pas ? »

Si ta référence, c’est Victor Hugo, pas certain que tu sautes l’obstacle. Ainsi, tu découvres véritablement l’écriture quand tu te débarrasses de ces figures tutélaires.

Tu comprends mieux le titre : « F*** Proust ou comment se mettre à l’écriture »

Maintenant, cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas les prendre pour modèle. Bien au contraire. Moi-même, j’avais pris Victor Hugo pour modèle. Je voulais l’égaler. Par mon écriture, je voulais égaler Victor Hugo.

Ce qu’il faut entendre par là, c’est qu’être bon en français et bon écrivain sont deux compétences différentes. Du coup, ne te sert pas du prétexte d’être mauvais en français pour te censurer.

J’insiste.

Le manque de vocabulaire, les fautes d’orthographe …ne devrait jamais te constituer une barrière ou une excuse pour éviter de t’exprimer et ce, quelqu’en soit le moyen.

Ne te censure jamais.

Je n’ignore pas « les ayatollahs de l’orthographe »

Ils viennent à donner, avec l’orthographe, un indice de dignité à ce qui mériterait d’être lu ou pas.

Ainsi, pour eux, un analphabète est forcément dépourvu d’intelligence. Je le dis clairement ici, l’orthographe se veut être davantage un marqueur social qu’un marqueur d’intelligence.

As-tu déjà un vu des tests orthographiques pour évaluer un QI ?

Bien sûr que non.

L’orthographe ne détermine pas ce qui est digne d’être écrit de ce qui ne l’est pas. Il détermine ce qui est écrit selon les règles de la langue de ce qui ne l’est pas.

Dès lors, l’écriture n’a rien à voir avec l’orthographe. Écrire, ce n’est pas corriger des fautes. Ce sont là deux compétences extrêmement différentes. C’est pour cela qu’un bon professeur de français ne fait pas forcément un bon écrivain.

Cela est libérateur car finalement, il permet de faire intervenir une autre personne pour la correction quand tu restes concentré sur l’écriture. Autrement dit, fais-toi relire les fautes.

D’ailleurs, c’est ainsi que fonctionnent les maisons d’édition. Elles mettent à disposition de leurs écrivains, des relecteurs et des correcteurs.

Pour l’anecdote, le français a été construit avec une orthographe non-phonétique pour différencier l’aristocratie, sachant écrire, du peuple. Le mot « oiseaux » l’illustre bien. Aucune de ses 7 lettres ne se prononce normalement.

De la même manière, l’absence de vocabulaire est-elle une raison pour se taire ?

C’est un « non » catégorique également.

Autrement dit, si nous manquons de vocabulaire, exprimons-nous avec les mots dont nous disposons. Tu imagines si nul ne s’exprimait faute de vocabulaire ? Y aurait jamais eu de communication vu qu’aucun enfant ne prendrait la parole.

Ainsi dit, être nul en français, ne fait pas de toi quelqu’un indigne d’écrire. Plus largement, être nul quand on débute dans l’écriture, c’est normal. L’état qui précède l’écriture, c’est ne pas écrire. Dès lors, au même titre que le talent, la perfection est une hypnose également. Seul le progrès importe.

Les romains en avaient même fait une devise : « Excelsior » ou « plus haut ». Le progrès devrait être notre seule préoccupation. Il nous faut devenir meilleur que le nous d’hier, de la semaine dernière ou de l’année dernière.

Nous sommes, je te le rappelle, notre propre adversaire.

Quand à un ami designer, je lui faisais le compliment :

« Je ne connais personne meilleure que toi en design »

Il me répondit :

« Si, je connais quelqu’un : Moi, demain »

C’est exactement l’état d’esprit à emprunter. Il est alors strictement inutile de se comparer à autrui. Encore moins à des auteurs de renom. Notre seule maîtrise, a priori, est nous-même.

Ce qui compte c’est de s’améliorer soi. Toujours soi. Toujours un petit peu. Tous les jours.

Avec les effets cumulés, si tu t’améliores chaque jour de 1% pendant sept mois, tu deviens alors 10 fois meilleur. Seulement 1%.

Notre préoccupation en tant qu’écrivain n’est alors ni dans le talent, ni dans le français. Elle est dans les mots.

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