Pourquoi j’ai opté pour le tutoiement radical ?

« On se dit TU ou on se dit VOUS ? »

Je ne compte plus le nombre de fois où cette question m’a été posée. Cela doit être ton cas également. C’est une question anodine d’aspect mais en réalité, ce qu’elle signifie c’est :

« Où en est-on de notre relation ? »

C’est mignon. On dirait une sitcom.

Mais, ce n’est pas l’objet de cet article. Ici, je viens donner ma réflexion sur le tutoiement/vouvoiement et expliquer mon choix du tutoiement radical.

Si toi aussi, tu ne sais pas comment te positionner sur ce choix, cet article te fera du bien 🙂

Car après tout, je comprends que tu sois perdu.

En dehors de ta famille, tu ne sais plus qui tutoyer ou qui vouvoyer.

La question est tellement courante qu’elle a été traduite dans un article Wikipédia. C’est une forme de consécration.

En réalité, du choix du vouvoiement ou du tutoiement, aucun n’est le meilleur. Ils sont tous les deux bons. Maintenant, s’il faut en faire un arbitrage, je réponds systématiquement toujours la même chose :

Privilégie toujours celui avec lequel tu es le plus à l’aise pour créer un lien.

À titre personnel, c’est le tutoiement.

J’ai fait le choix, il y a maintenant 3 ans, du tutoiement radical.Autrement dit, je tutoie tout le monde. Qu’il soit PDG sortant d’HEC, entrepreneuse, alternant …Bref, tout le monde sans distinction d’âge, de genre ou de régime alimentaire.

Il y a 3 ans, j’aurais pu tenir également la position strictement opposée. À savoir, vouvoyer tout le monde.

Toutefois, en faisant un choix radical, je me fais l’économie de la réflexion et très souvent celle de mon interlocuteur sur :

Peut-on se tutoyer (maintenant) ou pas ?

Là, les choses sont claires et sans ambiguïté.

Maintenant, pourquoi avoir choisi le tutoiement plutôt que le vouvoiement ?

Déjà, à titre personnel, je suis davantage à l’aise à nouer des liens avec des gens en les tutoyant.

Cela étant dû certainement à ma vision naïve des conversations. Si dans toutes nos conversations, après des prémices dans le vouvoiement, nous tendons vers le tutoiement alors, la finalité de chaque conversation est de finir par se tutoyer.

Également, le tutoiement me permet d’attirer mais aussi de dissuader des personnes de travailler avec moi. Quelqu’un qui a besoin que je lui donne du « vous » pour son estime personnel, ne peut pas être une personne avec qui j’aurais plaisir à travailler. Même si c’est un client. D’ailleurs, c’est la mésaventure qui m’arrive régulièrement.

Pas vraiment une invitation à poursuivre la conversation ce type de mail.

Dès lors, l’intention de chacun d’entre nous quand il dialogue est de finir par tutoyer SAUF s’il envisage une fin définitive à l’échange d’une manière ou d’une autre. Dans ma tête, jamais les conversations ne s’interrompent.

Oui, c’est dans ma tête ça.

Du coup, mon choix est purement subjectif. C’est à dire lié au sujet. En l’occurence, il s’agit de moi.

Cependant, je dois faire une confession :

Je fais parfois une entorse à mon tutoiement radical.

Cette entorse à mon tutoiement radical se trouve dans mes échanges avec les personnes morales et ce, quelque soit sa forme : l’administration fiscale, les entreprises, les mairies …

Leur manière de communiquer est tellement impersonnelle que, forcément, je ne vois pas un intérêt à tenter de connecter avec elles par la conversation. La conversation étant impersonnelle, le vouvoiement me permet de « chosifier » mon interlocuteur afin d’en prendre une certaine distance.

Je ne suis pas suffisamment matérialiste pour nouer un lien avec une chose.

Autrement dit, je ne veux pas personnifier une organisation.

Cela est d’autant plus évident sur les réseaux sociaux. Il arrive que des internautes interpellent des organisations sur divers sujets : train en retard, une commande jamais arrivée, une recommandation …

Jamais une entreprise ne répond. Décathlon ne répond pas. SNCF ne répond pas. Orange ne répond pas. Le community manager répond au nom de celle-ci. Ceci dit, derrière ses murs, qui murmure ? Nous en ignorons pour beaucoup l’identité. Seule reste, dans les échanges, une signature très énigmatique.

Pourquoi le « ^ » ? Cette question m’obsède !

Dès lors, dès qu’une entreprise me parle sans qu’il y ait une implication personnelle, je la vouvoie. C’est la seule exception à ma règle du « Tutoiement Radical ».

Néanmoins, cela ne veut pas dire que tous tutoient tous.

Nullement.

J’ai des compagnons plus à l’aise à connecter avec les autres en les vouvoyant.

Très bien, qu’ils continuent !

Je le répète : il n’y a pas de règle absolue si ce n’est faire le choix avec lequel nous sommes le plus à l’aise.

Maintenant, j’ai envie de dynamiter une idée reçue. Le vouvoiement n’est pas mieux que le tutoiement. Et réciproquement.

Le vouvoiement n’est pas mieux que tutoiement

Avant de me jeter à corps perdu dans cette idée, j’ai besoin de revenir aux origines du « vouvoiement ».

Il semble plutôt acquis que le « vous » correspondent au pluriel du « tu ». Quand il y a plusieurs interlocuteurs, le « vous » est de rigueur.

Pourquoi diantre, un jour, le « vous » s’est-il imposé à un seul individu ?

En effet, le tutoiement semblerait être la voie normale de conversation entre personnes. Alors, pourquoi le vouvoiement ?

Il faut revenir pour cela du temps où l’on se baladait en toge dans les rues. En effet, il semblerait que le passage du « tu » au « vous » pourrait venir de l’empereur romain Dioclétien.

Il divisa en 293 l’Empire romain entre Orient et Occident, mettant à la tête de chaque un Auguste assisté lui-même d’un César. Ainsi, quand l’un des souverains prenait la parole, il ne le faisait pas qu’en son nom propre, mais aussi au nom des trois autres. Il disait donc « nous » et on lui répondait « vous ».

Cet usage aurait été repris par la noblesse ensuite.

Ainsi naquit, par exemple, le « nous de majesté ».

L’empereur Alexandre Ier quand il commence ses interventions, il les commence par : “Par la grâce de Dieu, nous, Alexandre Ier, empereur et autocrate de toutes les Russies …”.

Dès lors, à un noble, il fallait lui rendre un « vous » quand il nous donnait du « tu ».

Tu vois la logique ?

Y a bien eu la Révolution Française pour remettre sensiblement tout le monde à niveau en opposant au « vous », un tutoiement généralisé. Ainsi, au « vous » du pouvoir, se substituait le « tu » de la solidarité.

Le Comité de salut public décida le 31 octobre 1793 de généraliser le tutoiement.

Ainsi le décret sur le tutoiement obligatoire dans les administrations est publié le 8 novembre 1793 par la Convention. Il impose l’usage du tutoiement entre tous les citoyens français, quels que soient leur métier, fonction ou position hiérarchique.

Mais cela ne fut jamais fixé par une loi au nom de la liberté.

Nous comprenons alors que la distinction entre « tu » et « vous » est avant tout un marqueur social avant d’être un signe de politesse ou de respect.

Bien souvent, j’entends que le vouvoiement est plus respectueux. C’est une question de point de vue.

Quelqu’un qui vous insulte en vous vouvoyant a-t-il l’insulte plus respectueuse ?

Je ne le pense pas.

Alors ? Dans tout ça ? Faut-il tutoyer ou vouvoyer ?

En synthèse, il n’y a pas de règle absolue. Choisis celui avec lequel tu es le plus à l’aise. Ce n’est pas une question de respect ou de politesse. Tu peux oublier ça.

Maintenant, toi, t’es plutôt « tu » ou plutôt « vous » ? 🙂

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