« Momento Mori » ou arrêter de négliger sa propre vie

On est vendredi et moi, je te parle de mort. Tu parles d’un timing. Néanmoins, il était pour moi indispensable de t’en parler.


Déjà, car la pensée de la mort ne me quitte jamais. Cela en est à point où je suis l’objet de boutades par mes proches. Pour pousser la logique plus loin, je ne célèbre aucun anniversaire. Contrairement à la croyance populaire, je ne vois rien à célébrer dans une année de plus sur Terre. À titre personnel, je me dis surtout que j’ai un an de moins à vivre. C’est un décompte.

Comment casser l’ambiance 😀


Et puis, nous n’imaginons pas l’énergie que nous consacrons à refouler, dans tous les sens du terme, la mort et, notre mort plus particulièrement. D’ailleurs, c’est ce qui fait nous sommes en vie. La vie, c’est l’ensemble des forces qui résistent à la mort.


Pour terminer, la mort est certaine. Pourtant, nous sommes toujours surpris par celle-ci. C’est surprenant. Que ce soit pour notre propre mort ou celle des proches. Nous la savons certaine néanmoins, nous nous laissons toujours surprendre.


Je t’entends penser « sauf pour les suicides ». Il se trouve que la plupart des personnes suicidaires ne veulent pas mourir. Seulement se tuer. Je n’ai pas le temps de déplier la nuance ici. Cependant, la lecture « Le Suicide » d’Émile Durkheim peut être intéressante à cet égard.


Reprenons nos joyeusetés 🙂


« Momento Mori » était donc l’expression répétée par un esclave à un général revenant parader dans les rues de Rome après une campagne victorieuse.


Je te laisse imaginer la scène.


Tu reviens chez toi. T’as passé des mois loin de ta famille, de ta maison. Tu as bouffé de la poussière, de la sueur et du sang. Tu remportes une victoire sur les barbares car forcément c’est des barbares puisque tu es Romain. Tu peux enfin te faire kiffer un peu dans ta ville et là, t’as un mec, un esclave qui plus alors que toi, t’es général tout de même, qui répète à ton oreille :

« Souviens-toi que tu vas mourir »
« Souviens-toi que tu vas mourir »
« Souviens-toi que tu vas mourir »


Je dois l’admettre. J’exagère délibérément. Le rapport à la mort était différent à cette période de la Rome antique. Le purgatoire chrétien était encore absent des mentalités.


Du coup, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le « Memento Mori » avait surtout une connotation « Fais-toi kiffer car tu ne sais pas de quoi sera fait demain ». Autrement dit, il ne s’agissait pas de donner une leçon d’humilité sinon une leçon épicurienne « Carpe diem ».


Bref …ça, c’est pour les Romains. Entretemps, le sens de cette formule a bien changé.

Avec le purgatoire, le « Memento Mori » est devenu anxiogène. Le rappel de la mort était surtout agité comme un épouvantail avec cette éternelle question :

En as-tu fait suffisamment pour mériter le paradis ?


Ouverture d’une petite parenthèse.

C’est exactement la même démarche qui est utilisée auprès des enfants avec le Père Noël. C’est un moyen de les familiariser avec le purgatoire chaque année. T’as été sage ? Voici le paradis et les cadeaux. T’as été vilain ? Voilà l’enfer et les biscuits secs.

Bref …

Fin de la petite parenthèse.


Heureusement, les artistes sont depuis passés par là. Quand un artiste produit une « memento mori », c’est à dire une oeuvre rappelant la mort, il poursuit un objectif.


Cet objectif n’est pas de désespérer les gens. Tu t’en doutes bien. L’objectif est plutôt d’utiliser la pensée de la mort pour nous faire nous concentrer sur de véritables priorités. Ainsi, ils nous rappellent que, face à la mort, l’intégralité de nos préoccupations s’inclinent.


En cela « Memento Mori » est un moteur formidable.
Il permet d’éviter de commettre un acte quasi-impardonnable :

Négliger nos vies


En effet, dans une récente publication, je disais « le meilleur moyen de profiter des choses, c’est de savoir qu’elles ont une durée limitée ». Les savoir, là, indéfiniment nous désensibilise auprès d’elles. Alors, à espérer vivre comme des immortels, nous négligeons nos vies.

Je te le répète alors : Memento Mori 😉

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