Écrire consiste à nettoyer de ses mots, sa pensée.

S’il faut admettre une chose, c’est que nous pensons bien avant d’avoir les mots pour le faire. Un bébé est familiarisé au concept de « maman » bien avant d’en connaître le mot ou même de le prononcer.

S’exprimer consiste donc à mettre des mots sur sa pensée.

Merci Capitaine Constate ^^
(Dédicace à ceux qui savent)

Quand nous en sommes incapables, c’est à dire mettre un ou des mots sur notre pensée, nos réponses se ressemblent toutes : « Je ne sais pas » « C’est difficile à expliquer »

Cela est d’autant plus vrai quand il s’agit d’exprimer nos émotions, nos sentiments, nos états d’âme …

Ils sont tout en nuance et nous manquons donc de mots, parfois, pour être objectif. Autrement dit, de transformer notre pensée en objet, saisissable notamment par la pensée de notre interlocuteur.

Jusque là, rien de nouveau.

Cependant, il nous arrive parfois, de céder à des « mots zombies ». Ces derniers ont la particularité de sembler « vivant » voire « vivace » alors, qu’ils sont décédés et surtout, se nourrissent de notre cerveau plutôt que de l’alimenter.

Par exemple, quand on dit « fun », qu’est-ce que nous voulons vraiment dire ?

Ces mots ne portent pas la pensée, ils en font l’économie. Ils sont vagues. Or, des mots vagues trahissent une pensée vague. Avoir une pensée claire demande donc des mots clairs.

C’est un travail difficile.

Socrate fut la première personne à remarquer la pénibilité à formuler une pensée claire. Il allait au marché d’Athènes en posant des questions a priori très simples sur ce dont les gens se préoccupaient.

Ils lui répondaient, non sans confiance : « justice » « courage » « beauté » ou « art »

Et Socrate demandait ce qu’ils entendaient par ces mots. Après quelques minutes de discussions plus approfondies, personne ne pouvait expliquer clairement ce qu’ils voulaient dire.

La situation n’a pas changé aujourd’hui. Il suffit de se rendre dans les forums d’internet pour s’en rendre compte (Facebook, Linkedin, Twitter …).

Les zombies sont là : « créativité » « innovation » « passion » et j’en passe.

Dès lors, nous avons le sentiment que nos pensées sont claires, mais si nous les soumettons délibérément à des précisions, nous réalisons qu’elles souffrent d’un grave flou.

Le pire étant, nous n’avons pas de système d’avertissement intérieur pour nous en alerter ou d’alarme intellectuelle dans nos cerveaux pour crier « Attention, tu es vague ! ».

Ce travail difficile, l’écrivain, lui, le réalise. Il travaille à rendre claire la pensée par les mots. Il nettoie alors sa pensée des mots à sa disposition pour la laisser se déployer, ensuite, dans notre esprit.

Plus les mots sont précis et plus mémorables, ils sont.

Dès lors, un écrivain nous propose un voyage dans les détails sans nous perdre dans son histoire. Il ne dit pas simplement que le printemps est « beau », il le montre :

« Des feuilles dont la douceur rappelle celle des mains d’un nouveau-né »

Maintenant, rester vague peut être un procédé délibéré. Cela s’appelle la langue de bois.

C’est un autre métier.

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