Écrire, c’est enlever les mots en trop.

Nous sommes victimes d’une croyance écolière. Qui se souvient avoir noirci une copie double quand trois pages suffisaient ?

Surtout, quand, à la sortie de l’examen, le nombre de page était brandi comme un trophée. Le théorème était simple : davantage on écrivait, davantage nous disions des choses et plus haute était la note. Jamais vraiment vérifié ce théorème. Puis, Marcel Proust faisait des phrases de 935 mots lui, alors, pourquoi pas nous ?

Nous nous retrouvions alors avec des :

« Il ne lui fallut pas longtemps avant qu’elle ne regrette d’avoir dit ce que l’avait dit »

Nous nous écriions : « Fabuleux ! » Quand il fallait plutôt lire : « Nébuleux ! »

Cette phrase serait tellement plus simple et, surtout plus belle, si elle était déposée ainsi :

« Bientôt, elle regretta ses mots »

Si perfection il y a, ce n’est pas quand il n’y a plus rien à ajouter, c’est quand il n’y a plus rien à enlever.

Pourtant, beaucoup cèdent à la tentation d’en faire trop, de faire long, d’étirer une phrase là où quelques mots suffisent. Ces derniers ne s’enfilent pas comme des perles. Leur nombre ne fait pas la beauté ou la valeur d’une phrase. Bien au contraire.

Il faut trouver pour peu de mots, ceux qui disent énormément. Délivrer en trois, quatre, une idée là où d’autres mettent tout un livre à y parvenir. C’est là le génie de l’écrivain.

Faire long est à la portée de tous. Faire dense est du domaine de l’écrivain.

Il travaille les mots, laboure les champs lexicaux, évite les formes négatives voire les propositions relatives …pour enlever ceux en trop. 

Il transforme le charbon en diamant.

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